Si l’on prend de la hauteur et du recul sur l’affaire du Groënland, et sur les débats diplomatiques bruyants du moment, l’affaire du Groenland révèle des enjeux importants qui vont bien au-delà des déclarations choc de Donald Trump. Cette immense île, qui appartient au Danemark mais est autonome, est devenue un symbole de rivalités en Arctique. On y mélange histoire, ressources naturelles, defense, et alliances internationales. Regardons cela simplement, étape par étape.
L’histoire de l’intérêt américain pour le Groenland depuis 1867
Les États-Unis n’ont pas commencé à s’intéresser au Groenland avec Donald Trump. Cela remonte à plus de 150 ans. En 1867, juste après avoir acheté l’Alaska à la Russie, les Américains ont pensé à acquérir le Groenland et l’Islande du Danemark pour étendre leur influence dans l’océan Atlantique Nord. En 1910, un accord entre les États-Unis, l’Allemagne et le Danemark a été proposé pour échanger des territoires, ce qui aurait donné le Groenland aux Américains, mais cela n’a pas marché.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont installé des bases militaires sur l’île après que les nazis ont envahi le Danemark. À la fin de la guerre, en 1946, le président américain Harry Truman a offert 100 millions de dollars en or pour acheter le Groenland, en le voyant comme un atout contre l’Union soviétique. Le Danemark a refusé, mais un accord en 1951 a permis aux Américains de garder une base militaire là-bas, comme à Pituffik (autrefois appelée Thule). Ces tentatives passées montrent que les États-Unis ont toujours vu le Groenland comme un endroit stratégique pour des raisons militaires et économiques, bien avant les idées de Trump en 2019 et son retour au pouvoir en 2025.
Pourquoi le Groenland intéresse-t-il tant aujourd’hui ?
En janvier 2026, Donald Trump relance l’idée d’annexer le Groenland pour des raisons pratiques et urgentes. L’île regorge de ressources naturelles précieuses, comme les « terres rares » (des minéraux rares essentiels pour fabriquer des puces électroniques, des ordinateurs et des technologies d’intelligence artificielle). On estime que le Groenland détient jusqu’à 18 % des réserves mondiales de ces minéraux. La Chine contrôle presque tout le marché (jusqu’à 98 % des importations en Europe), donc le Groenland pourrait aider l’Occident à devenir plus indépendant.
Sur le plan géopolitique (c’est-à-dire les relations de pouvoir entre pays), l’Arctique ouvre de nouvelles routes maritimes plus courtes pour les bateaux. C’est comme si on créait un nouveau « canal de Panama » pour le XXIe siècle. La Russie y construit plus de bases militaires, et la Chine investit dans les mines. Trump voit le Groenland comme une « clé » pour bloquer ces avancées. Militairement, les États-Unis ont déjà une base à Pituffik, intégrée à un système de défense antimissile appelé « Golden Dome », pour protéger l’Atlantique Nord contre des menaces russes. Trump dit que contrôler toute l’île est vital pour contrer les navires russes et chinois qui s’approchent. Ces enjeux ne concernent pas seulement les États-Unis : ils touchent à l’énergie et à la technologie pour tout l’Occident.
L’opposition brutale de l’Europe, malgré une ouverture au dialogue de Giorgia Meloni
Trump menace d’imposer des taxes douanières (10 % dès février 2026, puis 25 %) sur huit pays européens, dont le Danemark, pour forcer un accord sur le Groenland. Cela provoque une forte réaction en Europe. Des soldats suédois, français et danois ont été envoyés sur l’île, et,face aux réactios US, des pays comme l’Allemagne et le Royaume-Uni parlent finalement d’une mission légère de l’OTAN (l’alliance militaire occidentale) pour protéger l’Arctique contre la Russie et la Chine. Ursula von der Leyen, la chef de la Commission européenne, appelle cela une « erreur » qui pourrait mener à une « spirale dangereuse » et promet une réponse unie et proportionnée. Des sondages montrent que 73 % des Américains sont contre une invasion militaire, mais l’Europe prépare des contre-mesures, comme des taxes en retour.
Cependant, la Première ministre italienne Giorgia Meloni dit que les États-Unis étaient prêts à discuter. Selon elle, Trump était « ouvert au dialogue » sur le Groenland, mais l’Europe a envoyé des « signaux négatifs et anti-américains ». Meloni, qui est proche de Trump, trouve ces taxes « erronées » et propose une discussion via l’OTAN. Elle rappelle que les États-Unis « ne sont ni une menace ni un ennemi ». Cela montre une différence de points de vue : certains leaders comme Emmanuel Macron parlent d' »intimidation », tandis que Meloni voit un simple malentendu. L’Allemagne assure que les quelques troupes européennes envoyées au Groënland visent surtout la Russie et la Chine, pas les États-Unis.
Le risque d’une rupture entre l’Europe et les États-Unis : le risque d’un profond basculement géopolitique
Si les tensions sur le Groenland mènent à une vraie rupture entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis, cela pourrait transformer l’ordre mondial. Par exemple, si les Américains annexent l’île (par achat ou autrement), cela pourrait signifier la fin de l’OTAN, car un pays membre ne peut pas attaquer un autre. Le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, dit que cela rendrait l’alliance « obsolète ». L’Europe accélère déjà son indépendance, avec des plans pour une armée européenne d’ici 2030 et une « coalition des volontaires » pour aider l’Ukraine sans les États-Unis. Des mesures mutuelles de rétorsion pourraient coûter cher économiquement.
Une telle rupture ouvrirait sur un nouveau monde. Trump, qui vient de créer son « Comité de la Paix » (Trump Peace Committee), pousse pour un ordre international, basé sur des accords directs et des intérêts américains, sans doute aussi avec la Russie ou la Chine, comme pour résoudre la guerre en Ukraine. Cela affaiblirait le système occidental basé sur des règles communes supranationales, et créerait un nouveau monde, multipolaire celui-ci, où plusieurs puissances se partagent l’influence. L’Europe, seule, devrait se débrouiller face à des pays comme la Chine, la Russie, et en partie même les US. Le Groenland n’est pas juste une île lointaine : il teste si les alliés occidentaux peuvent rester unis dans un monde en plein changement.
Christophe Brochard
Conseil en investissement
Président du Groupe Quinze – Gestion Privée