Le Groenland : Un enjeu majeur dans les relations entre les États-Unis et l’Europe

20 janvier 2026
10 min de lecture

Si l’on prend de la hauteur et du recul sur l’affaire du Groenland, et sur les débats diplomatiques bruyants du moment, l’affaire du Groenland révèle des enjeux importants qui vont bien au-delà des déclarations choc de parts et d’autres. Cette immense île, qui appartient au Danemark mais est autonome, est devenue un symbole de rivalités en Arctique. On y mélange histoire, ressources naturelles, defense, alliances internationales, et recomposition de l’ordre mondial (OTAN, ONU…).

L’histoire de l’intérêt américain pour le Groenland depuis 1867

Les États-Unis n’ont pas commencé à s’intéresser au Groenland avec Donald Trump. Cela remonte à plus de 150 ans. En 1867, juste après avoir acheté l’Alaska à la Russie, les Américains ont pensé à acquérir le Groenland et l’Islande du Danemark pour étendre leur influence dans l’océan Atlantique Nord. En 1910, un accord entre les États-Unis, l’Allemagne et le Danemark a été proposé pour échanger des territoires, ce qui aurait donné le Groenland aux Américains, mais cela n’a pas marché.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont installé des bases militaires sur l’île après que les nazis ont envahi le Danemark. À la fin de la guerre, en 1946, le président américain Harry Truman a offert 100 millions de dollars en or pour acheter le Groenland, en le voyant comme un atout contre l’Union soviétique. Le Danemark a refusé, mais un accord en 1951 a permis aux Américains de garder une base militaire là-bas, comme à Pituffik (autrefois appelée Thule). Ces tentatives passées montrent que les États-Unis ont toujours vu le Groenland comme un endroit stratégique pour des raisons militaires et économiques, bien avant les idées de Trump en 2019 et son retour au pouvoir en 2025.

Pourquoi le Groenland intéresse-t-il tant aujourd’hui ?

En janvier 2026, Donald Trump relance l’idée d’annexer le Groenland pour des raisons pratiques et urgentes. L’île regorge de ressources naturelles précieuses, comme les « terres rares » (des minéraux rares essentiels pour fabriquer des puces électroniques, des ordinateurs et des technologies d’intelligence artificielle). On estime que le Groenland détient jusqu’à 18 % des réserves mondiales de ces minéraux. La Chine contrôle presque tout le marché (jusqu’à 98 % des importations en Europe), donc le Groenland pourrait aider l’Occident à devenir plus indépendant.

Sur le plan géopolitique (c’est-à-dire les relations de pouvoir entre pays), l’Arctique ouvre de nouvelles routes maritimes plus courtes pour les bateaux. C’est comme si on créait un nouveau « canal de Panama » pour le XXIe siècle. La Russie y construit plus de bases militaires, et la Chine investit dans les mines. Trump voit le Groenland comme une « clé » pour bloquer ces avancées. Militairement, les États-Unis ont déjà une base à Pituffik, intégrée à un système de défense antimissile appelé « Golden Dome », pour protéger l’Atlantique Nord contre des menaces russes. Trump dit que contrôler toute l’île est vital pour contrer les navires russes et chinois qui s’approchent. Ces enjeux ne concernent pas seulement les États-Unis : ils touchent à l’énergie et à la technologie pour tout l’Occident.

L’opposition brutale de l’Europe, malgré une ouverture au dialogue de Giorgia Meloni

Trump menace d’imposer des taxes douanières (10 % dès février 2026, puis 25 %) sur huit pays européens, dont le Danemark, pour forcer un accord sur le Groenland. Cela provoque une forte réaction en Europe. Des soldats suédois, français et danois ont été envoyés sur l’île, et,face aux réactios US, des pays comme l’Allemagne et le Royaume-Uni parlent finalement d’une mission légère de l’OTAN (l’alliance militaire occidentale) pour protéger l’Arctique contre la Russie et la Chine. Ursula von der Leyen, la chef de la Commission européenne, appelle cela une « erreur » qui pourrait mener à une « spirale dangereuse » et promet une réponse unie et proportionnée. Des sondages montrent que 73 % des Américains sont contre une invasion militaire, mais l’Europe prépare des contre-mesures, comme des taxes en retour.

Cependant, la Première ministre italienne Giorgia Meloni dit que les États-Unis étaient prêts à discuter. Selon elle, Trump était « ouvert au dialogue » sur le Groenland, mais l’Europe a envoyé des « signaux négatifs et anti-américains ». Meloni, qui est proche de Trump, trouve ces taxes « erronées » et propose une discussion via l’OTAN. Elle rappelle que les États-Unis « ne sont ni une menace ni un ennemi ». Cela montre une différence de points de vue : certains leaders comme Emmanuel Macron parlent d' »intimidation », tandis que Meloni voit un simple malentendu. L’Allemagne assure que les quelques troupes européennes envoyées au Groënland visent surtout la Russie et la Chine, pas les États-Unis.

Le risque d’une rupture entre l’Europe et les États-Unis : le risque d’un profond basculement géopolitique

Si les tensions sur le Groenland mènent à une vraie rupture entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis, cela pourrait transformer l’ordre mondial. Par exemple, si les Américains annexent l’île (par achat ou autrement), cela pourrait signifier la fin de l’OTAN, car un pays membre ne peut pas attaquer un autre. Le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, dit que cela rendrait l’alliance « obsolète ». L’Europe accélère déjà son indépendance, avec des plans pour une armée européenne d’ici 2030 et une « coalition des volontaires » pour aider l’Ukraine sans les États-Unis. Des mesures mutuelles de rétorsion pourraient coûter cher économiquement.

Une telle rupture ouvrirait sur un nouveau monde. Trump, qui vient de créer son « Comité de la Paix » (Trump Peace Committee), pousse pour un ordre international, basé sur des accords directs et des intérêts américains, sans doute aussi avec la Russie ou la Chine, comme pour résoudre la guerre en Ukraine. Cela affaiblirait le système occidental basé sur des règles communes supranationales, et créerait un nouveau monde, multipolaire celui-ci, où plusieurs puissances se partagent l’influence. L’Europe, seule, devrait se débrouiller face à des pays comme la Chine, la Russie, et en partie même les US. Le Groenland n’est pas juste une île lointaine : il teste si les alliés occidentaux peuvent rester unis dans un monde en plein changement.

L’OTAN recule : un « framework » arctique pour éviter l’explosion

Face aux menaces de Trump de taxer à 10%, puis 25%, huit pays européens, dont le Danemark, l’OTAN a cherché une sortie de crise. L’alliance était confrontée à un dilemme :

  • laisser monter la confrontation avec les États‑Unis, au risque d’une crise existentielle,

  • ou accepter un accord asymétrique sur le Groenland pour désamorcer les droits de douane.

Son secrétaire général, Mark Rutte, a finalement assumé un « framework deal » avec Trump sur le Groenland, présenté comme un cadre pour renforcer la sécurité arctique, mais perçu par beaucoup comme une concession majeure aux demandes américaines. Rutte explique que ce cadre implique que les alliés renforcent la sécurité dans l’Arctique, et que les détails seront désormais entre les mains des commandements militaires de l’OTAN.

Concrètement, cela revient à entériner un droit d’usage élargi et de long terme du Groenland au bénéfice des États‑Unis – militaires, logistiques, potentiellement économiques – sans transfert de souveraineté formelle, mais avec un renforcement net de la position américaine sur l’île. Ce compromis, arraché pour éviter une rupture ouverte, consiste en ceci : l’OTAN accepte un accord taillé sur mesure pour Washington afin d’éviter son implosion.

En retour, Trump annonce la suspension de ses menaces tarifaires sur l’Europe, renonçant à la mise en œuvre des hausses de droits de douane qu’il agitait depuis plusieurs semaines.​

Une Europe isolée, contrainte d’assumer seule l’Ukraine

Dans cette séquence, l’Europe apparaît fracturée et isolée.

  • Certains dirigeants comme Emmanuel Macron dénoncent une forme d’intimidation et d’instrumentalisation de l’OTAN.

  • D’autres, comme Giorgia Meloni, plaident pour un dialogue pragmatique et se félicitent d’avoir évité une guerre commerciale ouverte, voyant dans le deal Groenland‑OTAN une façon de pacifier les relations avec Washington.

Mais le résultat net est le suivant:

  • les États‑Unis sécurisent leurs intérêts stratégiques en Arctique,

  • l’OTAN s’aligne sur ce cadre,

  • l’Europe reste avec la charge politique, financière et militaire croissante de la défense de l’Ukraine, dans un contexte où Washington veut réduire son exposition et se repositionner sur son agenda propre.

L’UE a déjà décidé de financer une enveloppe massive de soutien à l’Ukraine (prêts et aides) sur ses propres marchés de capitaux, sans recourir – pour l’instant – aux avoirs russes gelés. Autrement dit, l’Europe paie la facture, pendant que les États‑Unis utilisent le Groenland comme levier stratégique avec la Russie et la Chine, mais aussi avec l’Europe elle‑même.

Le « comité pour la paix » de Trump : une alternative politique à l’OTAN et à l’ONU ?

Parallèlement, Trump lance son « Board/Comité pour la Paix », une structure internationale qu’il préside, officiellement conçue au départ pour superviser la reconstruction de Gaza et gérer des dossiers de sécurité plus larges.

Les faits établis :

  • Entre une vingtaine et une trentaine de pays ont accepté d’en faire partie ou d’y participer, principalement des États du Moyen‑Orient, d’Asie et quelques pays européens périphériques (ex. Hongrie, Turquie, États du Golfe, etc.).

  • Environ 50 à 60 pays ont été invités, et autour de 30 sont annoncés comme susceptibles de signer ou soutenir l’initiative, même si tous ne sont pas engagés au même niveau.

  • La Russie et la Chine étudient la proposition et n’ont pas officiellement rejoint le dispositif, mais Moscou a indiqué publiquement qu’elle « considérait » l’offre et suivait de près l’initiative.

Politiquement, ce comité apparaît comme une tentative de créer une plateforme concurrente ou complémentaire aux enceintes existantes (ONU, OTAN), où les États‑Unis, dirigés par Trump, fixent directement l’agenda et les termes des accords, en choisissant leurs partenaires. Certains responsables et observateurs craignent qu’il ne devienne un outil pour contourner le Conseil de sécurité de l’ONU et marginaliser les cadres multilatéraux traditionnels.

Dans cette optique, le Groenland et l’Arctique d’un côté, le comité pour la paix de l’autre, dessinent un même mouvement :

  • recentrage de la puissance américaine sur des coalitions ad hoc,

  • affaiblissement relatif de l’OTAN comme instance politique,

  • mise sous pression de l’UE, sommée de payer pour sa sécurité tout en ayant moins de poids dans la décision.

En résumé, l’OTAN a accepté un compromis pour éviter une crise ouverte, l’Europe se retrouve plus isolée dans la gestion du front ukrainien, et Trump tente d’imposer ses propres structures de gouvernance internationale. Une chose est sûre : le monde change…

 

Christophe Brochard
Conseil en investissement
Président du Groupe Quinze – Gestion Privée

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