L’inaperçu du conflit ukrainien

Les politiques sanitaires impliquent des choix de civilisation : vers un nouveau risque politique ?
Le 24 février, par Christophe Brochard

Une opération militaire russe a débuté la nuit dernière (du 23 au 24 février 2022), en Ukraine. Voici le récit sans parti pris des évènements de ces deux jours historiques, en nous basant sur les seules déclarations officielles des différents acteurs, vous trouverez ensuite notre analyse à ce stade, et enfin les conséquences pour nos portefeuilles :

23 février 2022 – L’appel au secours du Donbass

Les représentants des régions ukrainiennes du Donetsk et du Lougansk ont lancé le 23 février, un appel solennel à la Russie, afin de protéger les populations civiles de l’agression des populations civiles par l’armée ukrainienne régulière, et par les factions nationalistes, qui agissent indépendamment de l’État central (1):

«L’agression militaire du côté ukrainien s’accroit et le nombre de tirs augmente. L’économie du Donbass industriel se détériore. L’ennemi cherche à atteindre les sites d’infrastructures vitales. Des quartiers résidentiels, des écoles ainsi que des établissements de santé essuient des tirs», a alerté dans un courrier adressé à Vladimir Poutine, le dirigeant de la république autoproclamée de Donetsk, Denis Pouchiline.

 

Dans la nuit du 23 au 24 février – La reconnaissance d’indépendance

La Russie a décidé de reconnaitre dans la nuit du 23 au 24 février 2022 l’autonomie des deux républiques autoproclamées du Donbass, dont la population est en cours d’exil, et a signé dans la foulée des accords d’amitié et d’entraide, en matière de sécurité notamment, avec les deux Républiques, après que le Parlement russe les a ratifiés à l’unanimité. (2)

Le président syrien Bachar Al Assad a été le premier à suivre officiellement la reconnaissance des deux républiques du Donbass par la Russie.

Immédiatement après, et toujours dans la nuit du 23 au 24 février, Vladimir Poutine a annoncé une opération militaire importante aux environs du Donbass et dans toute l’Ukraine, visant selon son communiqué officiel, à 1) assurer la sécurité des populations civiles des deux régions, 2) à démilitariser les infrastructures militaires en Ukraine, 3) et – je cite – à “dénazifier le pays” : Vladimir Poutine a également indiqué que la population civile ukrainienne n’était pas visée – seulement les aéroports et les infrastructures militaires.

L’opération militaire russe étant justifiée par ces accords d’entraide, Vladimir Poutine a précisé que rien ne serait imposé à ces deux républiques, qu’il n’y a aucun projet d’invasion ni d’occupation de quelque partie que ce soit de l’Ukraine.

 

Aujourd’hui, le 24 février – La réaction de l’OTAN

De leur côté, l’OTAN et les dirigeants des pays membres de l’OTAN dénoncent une “déclaration de guerre” et une “conquête des zones proches du Donbass (…) voire de l’Ukraine entièrement” comme l’a dit l’ancien général de l’armée française, Dominique Trinquant. L’OTAN annonce des représailles en déplaçant des troupes militaires, et en prenant des sanctions principalement économiques et technologiques.

On a ainsi vu par exemple que l’Allemagne a retiré son autorisation au projet de gazoduc Nord Stream 2, qui devait permettre l’approvisionnement de celle-ci en gaz russe, en guise de sanction contre la Russie… Il s’agit bien plutôt, selon nous, d’une sanction contre l’Allemagne et les peuples européens, qui vont devoir acheter leur gaz beaucoup plus cher aux USA, qui se frottent les mains et affrètent déjà des bateaux pour vendre à l’Europe leur gaz de schiste bien plus cher que le gaz russe.

Ursula von der Leyen, présidente de l’Union européenne, a annoncé des sanctions qui, selon elle, saperont la base industrielle russe : “ces sanctions – a-t-elle dit – supprimeront la croissance économique de la Russie, relèveront le coût de l’emprunt, augmenteront l’inflation, intensifieront les sorties de capitaux, et saperont progressivement sa base industrielle”.

Le prix du baril du pétrole a franchi les 100 dollars ce jour.

 

24 février toujours – La Chine accuse les États-Unis de jeter de l’huile sur le feu

De son côté, dans un discours qui tranche avec la pondération dont elle a fait preuve lors de son discours au WEF le 21 février 2022, la Chine accuse désormais les États-Unis de “mettre de l’huile sur le feu” :

«Les États-Unis n’ont cessé de vendre des armes à l’Ukraine, augmentant les tensions, créant la panique et ils ont même exagéré le calendrier d’une guerre», a fustigé devant la presse la porte-parole de la diplomatie chinoise Hua Chunying. “La question clé est de savoir quel rôle ont joué les États-Unis dans les tensions actuelles en Ukraine. Quelqu’un qui jette de l’huile sur le feu, tout en accusant les autres, c’est quelqu’un d’immoral et d’irresponsable.”

Interrogée sur la possibilité que la Chine impose des sanctions à la Russie, Hua Chunying a jugé qu’elles «n’ont jamais été un moyen fondamentalement efficace pour résoudre les problèmes».

 

L’inaperçu de l’opération militaire ukrainienne : Le nouvel ordre mondial contre le nouvel ordre international

Au-delà des enjeux géostratégiques, économiques et gaziers, et naturellement militaires de ce conflit, sans préjuger de la suite imprévisible des évènements, il faut remarquer que deux conceptions du monde s’affrontent en réalité dans ce conflit :

D’un côté, celle portée par l’OTAN, qui envisage une construction du monde avec des États-nations dominés par des organisations supranationales, sur lesquelles le contrôle démocratique est de plus en plus évanescent (OTAN, UE, ONU, OMC…). Il faut remarquer par exemple comment l’Allemagne et l’Europe notamment se comportent comme des États vassalisés, prenant des sanctions contre leurs propres peuples, pour répondre présents aux projets de l’OTAN et des USA – avec le retrait de l’autorisation du Gazoduc NordStream 2, entre autres.

De l’autre côté, la conception portée par la Russie, qui consiste à donner la primauté aux nations, dans le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et à leur coopération équilibrée, sans intervention aucune d’organisation supranationale. C’est ainsi que la reconnaissance de l’indépendance des régions ukrainiennes du Donetsk et du Lougansk par la Russie, et la protection apportée contre les agressions ukrainiennes ne constitue en aucune façon, selon les communiqués officiels du Kremlin, une invasion.

 

Nos assurances-vie et nos portefeuilles :

Dans nos portefeuilles, nous avons réduit avant les récents évènements notre exposition aux actions russes, qui est extrêmement faible, à 0,84% de nos portefeuilles à ce jour : l’impact des forts évènements de marchés de ce jour, ainsi que des interventions de la Banque Centrale Russe sur le rouble ne devraient que modérément toucher nos portefeuilles.

Par ailleurs, à ce jour, le conflit en Ukraine accroit plus encore les pressions inflationnistes, en particulier sur les matières premières, qui étaient déjà à un niveau jamais vu depuis 40 ans : c’est la principale problématique autour de laquelle sont construits nos portefeuilles à ce jour.

Enfin, nous avons plus de 15% de cash en portefeuille, dont 11% en dollar US, et sommes modérément exposés aux actions de façon directionnelles. Nous analysons en permanence les évènements, qui ne manqueront pas, au point de vue financier, de révéler des opportunités de renforcement de nos positions.

Références :
(1) – Article de la Voix du Nord : Ukraine : que sont le Donetsk et Lougansk, ces deux territoires dont la Russie a reconnu l’indépendance ?
(2) – Franceinfo : Ukraine : les députés russes demandent à Poutine de reconnaître l’indépendance des territoires séparatistes prorusses de Donetsk et de Lougansk

Christophe Brochard
Conseil en investissement financier agréé
Gérant associé du Groupe Quinze – Gestion Privée

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