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Introduction en bourse de SpaceX : l’incroyable Private Joke d’Elon Musk

10 juin 2026
7 min de lecture

À l’occasion de l’introduction en Bourse record de SpaceX, petite plongée dans l’humour milliardaire d’un homme qui transforme depuis des années des décisions à dix chiffres en clins d’œil pour initiés.

Le 12 juin 2026, SpaceX entrera en Bourse au Nasdaq sous le code SPCX. Montant levé : 75 milliards. Valorisation : 1 770 milliards de dollars (1,77 trillion). La plus grande introduction en Bourse de l’Histoire, devant même Saudi Aramco. L’augmentation de capital qui va faire d’Elon Musk le premier être humain trillionnaire – c’est-à-dire disposant d’une fortune personnelle de plus de 1000 milliards d’USD. Après l’introduction ce vendredi 12 juin 2026, l’entreprise deviendra la septième capitalisation mondiale, juste devant Tesla et Meta.

Dans le formulaire S-1 — le document obligatoire que toute entreprise dépose auprès de la SEC, le gendarme boursier américain, avant son entrée en Bourse — un détail intrigue les lecteurs attentifs. Elon Musk détient exactement 42 % du capital. Pas 41, pas 43. Quarante-deux. Pourquoi ?

Pourquoi 42 n’est pas un nombre comme un autre

En effet, pour comprendre, il faut faire un détour par la littérature de science-fiction : En 1979, l’écrivain britannique Douglas Adams publie Le Guide du voyageur galactique. Dans ce roman culte, un super-ordinateur calcule pendant sept millions et demi d’années la « Réponse à la Grande Question sur la Vie, l’Univers et le Reste ». La réponse tombe, solennelle : 42. Personne ne sait quelle était la question. C’est précisément le sel de la blague — une moquerie philosophique de notre prétention à trouver des réponses définitives à des problèmes mal posés.

Adams a démenti toute sa vie qu’il existait un sens caché. Pas de symbolisme binaire, pas de référence tibétaine. Il s’était simplement assis à son bureau, avait regardé son jardin et choisi un petit nombre qui sonnait bien. Voilà. Cela n’a pas empêché 42 de devenir le mème mondial des ingénieurs, des geeks et des amateurs de science-fiction.

Elon Musk est un fan absolu de Douglas Adams. Lors du lancement de Falcon Heavy en 2018, il a placé dans la boîte à gants du Tesla Roadster envoyé dans l’espace un exemplaire du Guide et un panneau « Don’t Panic » — la maxime du livre. L’un de ses satellites Starlink s’appelle 42. Qu’il se retrouve aujourd’hui avec 42 % du capital de SpaceX, le jour de la plus grande introduction en Bourse jamais réalisée, demande un peu de naïveté pour y voir un hasard.

L’hypothèse qui agite X

C’est ainsi qu’une théorie circule, lancée par l’utilisateur Brivael Le Pogam. Musk aurait initialement pu détenir par exemple 43 % du capital. Voyant l’occasion, il aurait cédé un point à Peter Thiel — dont le Founders Fund affiche désormais 10 % — uniquement pour atterrir à 42. « Un maître troll giga », résume Le Pogam. C’est invérifiable. Avec Musk, le doute rend l’affaire savoureuse. Et il en est capable…

Ce n’est pas la première fois

L’homme a un dossier: Le 7 août 2018, il tweete envisager de retirer Tesla de la cote à 420 dollars par action,  » il a l’argent disait-il, « funding secured » « . L’action s’envole, la cotation est suspendue. Pourquoi 420 ? Musk venait de découvrir la signification du chiffre dans la culture cannabis. Il a admis avoir choisi ce chiffre parce qu’il trouvait ce code drôle, et qu’il pensait amuser sa compagne de l’époque, Grimes. d’où vient « 420 »?

Petit cours de culture pop : en 1971, à la San Rafael High School de Californie, cinq lycéens surnommés les Waldos — d’après wall, le mur contre lequel ils traînaient — se donnaient rendez-vous chaque jour à 16h20 devant la statue de Louis Pasteur pour chercher un champ de cannabis abandonné dont on leur avait parlé.  » 420  » devint leur code privé. La formule a essaimé via le Grateful Dead, le magazine High Times, le rituel du 20 avril (4-20 en américain). Le 420 est aujourd’hui le code mondial de la culture cannabis !

Un mois plus tard, le 6 septembre 2018, Musk est invité au podcast de Joe Rogan. Devant des millions de spectateurs, il y fume un joint de canabis en direct, partage une gorgée de whisky avec son hôte et discute pendant près de trois heures sans la moindre formalité. L’action Tesla perd 9 % le lendemain. La NASA, dont SpaceX est prestataire, lance un audit de la culture interne de l’entreprise. Musk se voit imposer des tests anti-drogue aléatoires pendant un an au titre de ses contrats avec l’Etat américain.

Puis, fin septembre, la SEC tranche enfin pour le tweet du mois précédent — celui qui proposait d’acheter toutes les actions Tesla à 420 dollars chacune, pour un montant total d’environ 72 milliards de dollars. Verdict : on l’a accusé d’avoir manipulé le marché sans enrichissement personnel. Résultat : 20 millions de dollars d’amende pour Musk, 20 millions pour Tesla, trois ans d’interdiction de présider le conseil d’administration (il reste directeur général de Tesla). L’opération de retrait de Tesla de la cote n’aura finalement jamais lieu. Cette blague d’adolescents californiens de 1971 ans aura coûté à elle seule 40 millions de dollars d’amende à Tesla et à Musk lui-même.

Enfin, en avril 2022, Musk rachète Twitter. Prix par action : 54,20 dollars. Total : 44 milliards. Le 420 a discrètement glissé dans le prix. Twitter devient X.

Le livre de Douglas Adams dans la Tesla de Musk en orbite autour du Soleil depuis 2018

Savez-vous qu’Elon Musk a envoyé une Tesla avec un exemplaire du livre de Douglas Adams dans la boîte à gants, en 2018, en orbite autour du Soleil ?Le 6 février 2018, SpaceX procède au vol inaugural de sa fusée Falcon Heavy depuis le pas de tir 39A du Centre spatial Kennedy — celui-là même d’où Apollo 11 est partie pour la Lune en 1969. Pour ce premier vol à haut risque (Musk lui-même donnait 50-50 de chances de succès), l’usage est d’embarquer une charge factice plutôt qu’un vrai satellite : du béton, des blocs d’acier, des réservoirs d’eau. Musk décide d’embarquer sa propre Tesla Roadster cerise.

Au volant, un mannequin en combinaison spatiale baptisé Starman, d’après la chanson de David Bowie. Le tableau de bord affiche en grosses lettres amicales : « DON’T PANIC ». Et dans la boîte à gants, que trouve-t-on ? Un exemplaire du Guide du voyageur galactique de Douglas Adams, et une serviette — l’objet le plus indispensable du voyageur galactique selon le livre. La sono diffuse Space Oddity de Bowie en boucle, dans l’espace, depuis 2018. Et sur le tableau de bord trône une mini-Tesla Hot Wheels avec un mini-Starman dedans.

La voiture est aujourd’hui en orbite elliptique autour du Soleil, croisant celle de Mars à son point le plus éloigné. Elle a déjà effectué quatre tours complets depuis son décollage, à raison d’une révolution tous les 557 jours environ. À plus d’un milliard et demi de kilomètres de la Terre, elle continuera de tourner ainsi pendant des millions d’années — silencieusement, faute de propulsion et faute de retour possible. La démonstration d’ingénierie la plus spectaculaire de SpaceX, ce jour-là, fut aussi la mise en scène pop culte la plus assumée de l’histoire spatiale. Là où Saudi Aramco aurait choisi une plaque solennelle, Musk a choisi Bowie et Adams.

Selon vous, pensez-vous vraiment que les 42 % exactement de participation de Musk dans SpaceX soient un hasard ?

La méthode est le message

Ainsi, dans sa biographie de référence parue en 2023, Walter Isaacson décrit Musk comme un personnage qui alterne entre les rôles — héros, ingénieur, troll, visionnaire — parfois en l’espace d’une heure. La remarque est juste. Ce n’est pas un défaut de tempérament, c’est un système. Musk est le premier patron de cette taille à appliquer la culture mème à des décisions de plusieurs dizaines, et à partir de ce vendredi, plusieurs milliers de milliards de dollars. Cela fait rire ses fans, exaspère ses détracteurs, et coûte parfois cher.

Le 42 % de SpaceX n’est probablement que le dernier épisode d’une saga qui en réserve d’autres. C’est aussi, peut-être, ce qui distingue notre époque des précédentes : pour la première fois dans l’histoire de la finance, une private joke d’ingénieur peut s’inscrire dans la plus grande introduction en Bourse jamais réalisée, qui, peut-être va ouvrir l’espace à l’humanité. Don’t panic.

Christophe Brochard
Groupe Quinze – Gestion Privée

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