Les taux d’emprunts d’Etats montent dans l’ensemble des pays développés. Le mouvement est général, mais son contenu diffère d’un pays à l’autre – et cette différence commande la construction de nos portefeuilles.
Le rendement de l’emprunt d’État français à dix ans s’établit à 4,86 % au 12 octobre, quand son équivalent allemand ressort à 3,46 %. Aux États-Unis, l’emprunt du Trésor de même échéance dépasse 5 % depuis la mi-septembre, au plus haut depuis 2007. Le phénomène est identique, mais les causes divergent : la France paie pour le risque politique qu’elle porte, l’Amérique, selon nous, rémunère une croissance réelle plus forte attendue. Voici :
En France, de grandes entreprises empruntent moins cher que l’État
Le marché obligataire exige aujourd’hui davantage de rendement pour prêter à l’État français qu’à ses grandes entreprises, dont il juge la signature plus sécurisante. 215 milliards d’euros d’obligations d’entreprises françaises se négocient à des rendements inférieurs à ceux des emprunts d’État de même échéance ! Soit 38 % de l’encours de bonne qualité, contre 12 milliards en janvier 2026… Dix-sept sociétés du CAC 40 sont concernées, dont Air Liquide, LVMH et Sanofi ; la dernière inversion de cette hiérarchie du risque remonte à 2011.
Air Liquide a ainsi levé 2 milliards d’euros le 6 octobre pour une demande de 12,5 milliards. Ces groupes tirent leurs revenus de la consommation mondiale, quand l’État français dépend d’une croissance faible, d’une fiscalité au taquet, et d’une inflation énergétique alourdie par les sanctions européenne contre la Russie.
La même méfiance se lit dans l’écart de taux entre la France et l’Allemagne, c’est-à-dire le surcoût que Paris paie pour emprunter par rapport à Berlin : il atteint 139,5 points de base au 12 octobre et dépasse 100 points depuis le 18 septembre, une première … depuis 2012.
Aux États-Unis, le rendement obligataire paie une croissance attendue
Les prix américains hors énergie progressent selon nous bien plus modérément que ne le suggère le chiffre de l’inflation publié le 14 octobre 2026. L’indice officiel ressort à 3,7 % sur un an en septembre, après 3,4 % en août, quand sa composante sous-jacente, qui exclut l’énergie et l’alimentation pour isoler la tendance de fond, s’établit à 2,6 %. Les mesures en temps réel donnent un niveau plus bas encore, à 2,91 % au 13 octobre et 1,65 % hors énergie et alimentation… L’accélération de l’inflation de septembre vient encore essentiellement de l’essence et des droits de douane, pas de l’économie elle-même.
Aussi, pour nous, le rendement américain rémunère une anticipation de plus forte croissance réelle attendue, nourrie par l’investissement dans l’intelligence artificielle, les importantes baisses d’impôts, les allègements réglementaires et une énergie qui, malgré son augmentation, reste l’une des moins chères monde.
Nous pensons que les taux américains se détendront plus tôt que prévu
Le marché obligataire américain nous paraît trop pessimiste en maintenant ces taux si élevés juste avant les midterms. Hors énergie et hors droits de douane, les prix aux USA progressent faiblement, et les deux postes qui tirent l’indice global s’épuiseront : le choc pétrolier se dissipera, l’effet des droits de douanes s’estompe. Si cette lecture se vérifie, la Réserve fédérale, qui a porté son taux directeur dans une fourchette de 3,75 % à 4,00 % en septembre, retrouvera une marge importante pour l’abaisser.
L’intelligence artificielle agit sur les prix en deux temps. Elle les pousse aujourd’hui vers le haut : la construction des centres de données mobilise des matières premières et une électricité dont elle tire les coûts vers le haut, et cette pression s’ajoute à celle du choc pétrolier. Mais ensuite, son déploiement dans les entreprises produira au contraire une effet très déflationniste, car les gains de productivité abaisseront fortement les coûts de production. Ce qui rend possible le nouveau régime de croissance dont le nouveau Président de la Fed, Kevin Warsch, a parlé : une croissance durablement supérieure et une inflation contenue.
Une détente des taux soutiendrait les marchés d’actions, l’or, et provoquerait d’importants mouvements sur les devises.
Nos portefeuilles traduisent cette lecture
Les actions représentent 59,3 % du portefeuille, majoritairement américaines : actions internationales 16,4 % ; Nasdaq 12,5 % ; mines d’or 10,6 % ; exploration spatiale 8,6 % ; semiconducteurs 8,3 % ; actions européennes 2,2 %.
Les mines d’or relèvent de la même conviction que les actions américaines, avec un décalage de calendrier. Le cours de l’or évolue à l’inverse des taux réels, c’est-à-dire des taux d’intérêt diminués de l’inflation, si bien que leur niveau actuel fait de l’or une opportunité. La baisse de la pression sur les taux d’intérêts bas fera la performance de ces positions aussi. Une sortie du conflit iranien, si elle intervient après les élections américaines de mi-mandat, détendrait également les prix de l’énergie et les gains de productivité liés à l’IA, élargiraient fortement cette marge de baisse des taux.
La gestion alternative occupe 40,3 % de notre portefeuille et les liquidités 0,4 %. Cette gestion active sur les devises, les taux et les obligations du monde entier peut se positionner à la hausse comme à la baisse sur un même instrument et donc tirer parti d’une dégradation obligataire européenne. Elle joue les mouvements de prix et laisse le portage de côté, c’est-à-dire la conservation d’un titre jusqu’à l’échéance pour en encaisser le coupon.
L’exposition totale de notre portefeuille Marchés Mondiaux, qui peut aller de 0 à 130 %, s’établit à 100 %, sans levier.
Ce portefeuille fait donc reposer sa performance sur une conviction américaine : une inflation qui retombe et des taux qui se détendent dans les trimestres à venir. L’Europe y reste un terrain tactique, abordé par la seule gestion alternative. Le détail de l’allocation est consultable sur la page dédiée du site.
Christophe Brochard
Président
Groupe Quinze – Gestion Privée